Après plusieurs jours d'incertitude, il a enfin réussi à nous joindre. Il est médecin et supervise depuis plusieurs années les soins dans les hopitaux en Birmanie que l'ONG pour laquelle je bosse a mis en place. Par précaution, je ne citerais pas son nom, mais il écrit qu'il va bien, que nos bénévoles sur place vont bien, que les batiments ont tenu le coup. Il cite aussi les villes détruites et les personnes massées dans les rues, perdues, abandonnées, solidaires dans l'épreuve. Il a pris contact avec les ONG sur place et tente de joindre tous ceux qu'il connait, mais l'electricité et les communications sont coupées dans beaucoup d'endroits.
Je pense à lui, à ses collègues et à tous les habitants : comment survivre quand votre prison s'effondre sur vous ? Beaucoup de gens ne sont même pas au courant que d'autres pays tentent
d'accéder à leur porte. C'est une vague rumeur : "ils" vont arriver, mais on ne sait pas quand ni qui précisément. Il n'y a plus qu'à attendre qu'une aide extérieure se manifeste.
Et nous, depuis ce matin, on a appris qu'un nouveau cyclone arrivait droit sur le pays, et des millions de gens sur place ne le sauront pas par manque de communication. Alors nous aussi, on
attend et on tourne en rond.